Accrochée au flanc d’une imposante côte qui domine la vallée de la Meurthe, la ville de Maxéville a vécu pendant un siècle de la richesse géologique de son sous-sol à savoir le calcaire et le minerai de fer. Bien que toute la partie ouest de la région de Nancy dispose également de cette richesse, c’est à Maxéville que se sont concentrées les principales industries d’extraction de ce secteur.
Le village de Maxéville ne s’est pas implanté là, par hasard. C’est la géologie qui a déterminé le choix du site. La ligne sensiblement horizontale grossièrement matérialisée par les rues de la Justice, du 14 Septembre et de l’avenue Patton correspond à ce que les géologues appellent une discontinuité : les couches de terrain qui constituent la côte changent brusquement de nature à ce niveau. Au dessus de cette ligne les terrains formés par des roches calcaires sont perméables ils absorbent les eaux de pluie qui s’y accumulent donnant naissance à une nappe phréatique. En dessous de cette ligne, les terrains sont des marnes très épaisses et totalement imperméables. L’eau de la nappe va donc sortir de la côte à ce niveau et donner naissance à une ou plusieurs sources. Le centre historique de Maxéville s’est développé autour de ces sources. Bien entendu cette discontinuité géologique n’est pas visible en surface parce que masquée par les éboulis de pente qui forment le sol de la côte où les maraîchers ont établi leurs cultures notamment de vignes, puis de fraises. Mais les multiples forages de reconnaissance du sous-sol réalisés au 19ème siècle pour la recherche de minerai de fer et de charbon l’attestent clairement.
.jpg) 1 - Calcaire argileux (calcaire à Clipeüs Ploti) - Bajocien supérieur
2 - Calcaire pur, le Bâlin (calcaire oolithique) - Bajocien supérieur 3 - Marnes de Longwy (épaisseur 2 à 3 m) 4 - Calcaire à Polypiers (calcaire coralien) - Bajocien inférieur 5 - Minerai de fer - Aalénien 6 - Marnes imperméables - Toartien
Le gisement de calcaire de Maxéville d’une épaisseur d’environ 60m est constitué de couches successives très variées et très hétérogènes allant du calcaire pur au calcaire argileux et qui se termine à la base par la veine de minerai de fer qui est en fait un mélange de calcaire (majoritaire) et de fer.
Ces couches sont le résultat à la fois de dépôts sédimentaires et de formations coralliennes accumulés au cours des diverses phases d’évolution de la croûte terrestre dans notre région. Le calcaire de la côte de Maxéville a une origine marine c’est à dire qu’il s’est formé au fond de la mer qui recouvrait notre région il y a 150 millions d’années à l’ère géologique secondaire. Cette mer dite jurassique était peu profonde calme et chaude. La formation de la roche calcaire résulte d’une part de la précipitation sur le fond de la mer du carbonate de calcium (contenu naturellement dans l’eau de mer) à la faveur de conditions optimales de température de l’eau et d’autre part du développement de massifs de coraux. Dans cette mer vivaient de nombreux animaux à coquille notamment des oursins, des coquillages de multiples formes, des huîtres, des ammonites sortes d’escargots aplatis d’un diamètre pouvant atteindre plusieurs dizaines de cm, des moules etc.... Leur carapace indestructible faite de calcaire est parvenue jusqu’à nous : ce sont les fossiles que de nombreux amateurs recherchent dans les déblais de terrassement ou les remblais de carrière. La forme et la nature des fossiles évoluent au cours du temps. C’est ainsi qu’on ne retrouve pas exactement les mêmes fossiles à la base et au sommet du gisement. Les géologues ont classifié les diverses couches en fonction notamment de la présence ou non de fossiles caractéristiques d’époques bien déterminées : ce sont les étages géologiques qui ont chacun reçu un nom. Le calcaire de Maxéville appartient à l’étage dit Bajocien. Le gisement de fer appartient à l’étage dit Aalénien et les marnes imperméables grâce auxquelles les sources ont surgi sur le site de Maxéville appartiennent à l’étage dit Toarcien.
Au fil du temps, de nouvelles couches de sédiments se sont empilées les unes au dessus des autres, parfois sur des épaisseurs de 1000m à 1500m (en région parisienne) A l’origine parfaitement horizontales, ces couches se sont peu à peu inclinées vers l’ouest donnant naissance à ce qu’on appelle le Bassin Parisien. A titre d’exemple le gisement de Maxéville est situé à 600m de profondeur au droit de la vallée de la Meuse. Il remonte régulièrement vers la surface en direction de l‘est pour venir affleurer au sommet de la côte de Maxéville.
A titre anecdotique le gisement de minerai de fer résulte de l’envahissement de la base du massif calcaire par des circulations d’eau ferrugineuses postérieurement à la formation du calcaire.
A cette même époque le massif vosgien d’origine bien plus ancienne (ère primaire hercynienne d’âge 300 millions d’années) avait été presque entièrement nivelé par l’érosion et envahie par la mer jurassique. La preuve en est apportée par la présence actuelle de petits lambeaux de couches de calcaire sédimentaires curieusement épargnées par l’érosion à 800m voire 1000m d’altitude sur quelques sommets des hautes Vosges. (Le massif des Vosges tel qu’on le connaît actuellement a été soulevé à nouveau au moment de la formation des Alpes il y a 50 millions d’années).
Au cours des temps géologiques, les fines particules de calcaire déposées au fond de la mer se sont agglomérées et solidifiées emprisonnant avec elles les massifs de coraux et les coquilles des animaux marins. Puis le sol de la région a été soulevé, a émergé jusqu’à devenir la côte qui nous observons aujourd’hui. L’ensemble nous apparaît maintenant sous la forme d’une roche dure et compacte composée de minuscules petites sphères appelées oolithes liées entre elles par un ciment calcaire d’où le nom de calcaire oolithique. Ce ciment n’est pas parfaitement étanche et laisse ainsi l’eau pénétrer au cœur de la roche ce qui la rend gélive lorsqu’elle est au contact des intempéries. Sur les 60m d’épaisseur de la côte calcaire de Maxéville c’est la couche supérieure de 24m d’épaisseur appelée par les géologues l’Oolithe Milliaire Inférieure et par les carriers lorrains le bâlin qui a été exploitée à Maxéville.
Cette roche compacte affleurante à Maxéville a été pendant de très nombreuses années utilisée pour la construction des maisons, des chemins et des routes. Pour s’affranchir de son caractère gélif il suffisait de le protéger par un crépis. Il a également été transformé en chaux après cuisson. De nombreuses petites carrières ont été ouvertes à flanc de côte. Exemple : le parc public "Grand Parc".
Sous la couche de bâlin et séparé par un filon d’argile appelé "Marnes de Longwy" apparaît le calcaire dit "à Polypiers" d’une épaisseur de 15 m d’origine corallienne parfaitement compact et étanche ce qui lui confère des qualités de résistance au gel. C’est ce calcaire qui a fourni les pierres de taille des principaux monuments de Nancy. la veine de calcaire à polypiers reconnaissable par sa couleur claire est remarquablement visible dans la montée de l’autoroute A31 sur la droite 100 à 200 m avant son passage sous le pont qui mène au Zénith.
(extrait du livre de Michel Siméon, Petite histoire des carrières Solvay de Maxéville et de son transporteur aérien)
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